ESTHER HIEN

Photo from Malba by Esther Hien.

Afterimage by Esther Hien:

(English text followed by the French original.)

In your email, you asked me what the first image that comes to mind is when I close my eyes. I closed my eyes and was immediately transported to my father’s village in Burkina Faso. It is a small village called Malba, in the south-western region. I saw the banco house where I sleep and its patio. We are fortunate to have houses built with solid materials, as people say there.

The village is organized like a square. On each side of the square, there is a house: my cousin with his wife and children, my aunt, and the two houses built by my father. At the time when my grandparents were still alive, there were only huts—traditional houses made of earth and reinforced with cow dung. As a child, I was lucky enough to know my grandmother and her hut. Now, their graves are in the middle of the courtyard. Everyone sits on them; children often fall asleep on them in the evening. For us, this is a kind of blessing. Even though they are no longer here, they remain very present and watch over us.

I saw myself at six in the morning, stretching in front of my grandparents’ grave, almost like a form of greeting. In the village, people wake up very early, often to the sound of the rooster crowing. No one uses an alarm clock. At that moment—during that moment when I closed my eyes—I felt that it was not simply my mind that was traveling, but my soul.

These mornings are filled with sounds: the sound of pestles as, through the strength of their arms, women grind condiments into a fine powder in preparation for the meal; the comings and goings of motorcycles; children playing football; birds singing. Described like this, the village might seem as noisy as the city, and yet, paradoxically, it is calm.

I saw myself on those mornings when chickens run outside clucking, followed by their chicks after a night in the henhouse. The goats, too, are released and wander freely around the compound. My aunt, with her traditional basket balanced on her head, goes to gather leaves in the bush. She returns in the early afternoon, the basket filled with moringa and sorrel leaves. During the rainy season, greenery covers the paths traced by people; the sky is blue, the earth is ochre, sometimes even red. These mornings are slow, because in the village everything is much slower. Life is calmer, yet at dawn you can see people becoming active. Women, basins balanced on their heads, go to the water pump if they are among the luckier ones, or to the marsh for those who follow more traditional ways. They talk, laugh, and greet us as they pass through the house. In the village, the concept of gates or fences does not exist.

I was thinking again this morning about that image and the feeling it gave me: I felt at peace. In the village, I feel good, serene, without stress. Many people from the city are surprised that I love being in the village so much. The journey is long: a ten-hour trip, eight hours by bus and then two hours on the back of my cousin’s motorcycle.

Once there, everything is very calm, almost meditative. There is little or no network coverage, which allows me to disconnect and does me a lot of good. When it is time for me to leave, I always feel a kind of melancholy and a heaviness in my heart. Even though I know I will return a few weeks later, it is always difficult for me to leave this life and my family.

These mornings are filled with sounds: women preparing food, the sound of women pounding, the various noises of daily life, some people moving around by motorcycle. But it is not like in the city, where everything is loud and where one must constantly be on alert. These sounds are familiar, known, and not unsettling. It is truly this feeling of serenity that I wanted to share.

En français: Dans ton mail, tu me demandais quelle était la première image qui me venait à l’esprit quand je ferme les yeux. J’ai fermé les yeux et j'ai été tout de suite transportée au village de mon père, au Burkina Faso. C'est un petit village qui s'appelle Malba, dans la région du sud-ouest. J’ai vu la maison en banco dans laquelle je dors et son patio. Nous avons la chance d'avoir des maisons construites en dur, comme on le dit là-bas. Le village est organisé comme un carré. Sur chaque côté du carré, il y a une maison : mon cousin avec sa femme et ses enfants, ma tante, les deux maisons construites par mon père. A l’époque ou mes grands-parents étaient encore vivants, il n’y avait que des cases, maisons traditionnelles construites en terre et renforcées avec de la bouse de vache. J’ai eu la chance petite, de connaître ma grand-mère et sa case. Maintenant, leurs tombes est au milieu de la cour. Tout le monde s'assoit dessus, les enfants s’endorment souvent dessus le soir. Chez nous, c’est comme une bénédiction. Même s'ils ne sont plus là, ils restent très présents et veillent sur nous.

Je me suis vue à 6 heures du matin, m’étirer en face de la tombe de mes grands-parents, un peu à la manière d’une salutation. Au village, on se réveille très tôt et souvent grâce au chant du coq. Personne n'utilise de réveil. A ce moment-là, ce moment durant lequel je ferme les yeux, j’ai senti que ce n’était pas simplement mon esprit qui voyageait, mais mon âme.

Ces matins sont remplis de sons : le bruit pilons qui à la force des bras des femmes réduisent les condiments en fine poudre en vue de la préparation du repas. Les va et vient des motos, les enfants qui jouent au football, le chant des oiseaux. Décrit comme cela, le village semble être aussi bruyant que la ville et paradoxalement, c’est d’un calme !

Je me suis vue lors de ces matins où les poules courent dehors en caquetant suivies de leurs poussins après une nuit dans leur poulailler. Les chèvres, elles aussi sont libérées et se promènent librement autour de la concession. Ma tante, son panier traditionnel sur la tête, part chercher des feuilles dans la brousse. Elle reviendra en début d’après-midi, le panier chargé de feuilles de moringa, d’oseille. En saison des pluies, la verdure recouvre les routes tracées par les hommes, le ciel est bleu, la terre est ocre voire rouge. Ces matins sont lents, parce qu'au village, tout est beaucoup plus lent. La vie est plus calme, mais l’on voit à l’aurore les gens s'activer. Les femmes, bassines sur la tête s’en vont à la pompe pour les plus chanceuses ou au marigot pour les plus traditionnelles. Elles discutent, rient et nous saluent lorsqu’elles traversent la maison. Au village, le concept de grille, de barrière, n’existe pas. 

Je repensais ce matin à cette image et à la sensation qu’elle me procurait : j'étais apaisée. Au village, je me sens bien, sereine, sans stress. Beaucoup de personnes de la ville sont étonnées que j’aime tant être au village. La traversée est longue. C'est un voyage de 10 heures dont huit en bus puis deux heures à l’arrière de la moto de mon cousin. 

Quand on est là, c'est très calme, presque méditatif. Il y a peu ou pas de réseau, ce qui me permet de me déconnecter et me fait du bien. Lorsque le moment est venu pour moi de repartir, je ressens toujours une forme de mélancholie et une sensation de cœur lourd. Pourtant, je sais que je vais y retourner quelques semaines après mais c’est toujours difficile pour moi de quitter cette vie et ma famille.

Ces matins sont remplis de sons : les femmes qui préparent, le bruit des femmes qui pilent, les différents sons de la vie quotidienne, certaines personnes se déplacent à moto. Mais ce n’est pas comme en ville, où tout est bruyant et où l’on doit être constamment alerte. Les bruits sont connus, familiers, et n’inquiètent pas. C’est vraiment cette sensation de sérénité que je voulais partager.

Afterimage is an ekphrastic series exploring that one image you see when you close your eyes—the one that lingers in your mind. We invite different people to reflect on an image they can't shake. The column began during our time publishing the journal Objektiv and continues today under Objektiv Press.

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SANLÉ SORY